Porter l’anxiété sur mes petites épaules de parent

Contribution spéciale de Christiane

Parent en construction - anxiété parentCeux qui ont déjà vécu ou littéralement ressenti de l’anxiété au nom de votre enfant, levez la main!  La mienne est bien haute et j’en voie quelques unes qui me font signe.  C’est quoi ce phénomène?  Il est pourtant coupé ce cordon avec mon enfant… L’autre jour, ma fille aînée m’annonce le drame de sa vie : peut-être qu’elle sera retirée de son voyage à New York avec son école.  Quoi?!  Respire, respire.

Retournons en arrière si vous le voulez bien.  Ma fille aînée, ado assumée et pré-ADU (adulte en devenir qui maîtrise le grand savoir avec brio) est  une élève modèle,  a de bons comportements  à l’école et à la maison.  Trois jours avant son voyage, elle a pris la décision de sécher ses deux cours de l’après-midi.  Bon, c’est son problème, non? Elle en subira les conséquences (reprise de temps ou autre).   Par contre, elle avait accumulée un certain nombre d’absences non motivées.    Je refuse de motiver une absence pour une raison telle que ‘’c’est plate,  y a rien à faire en classe’’ (oui bien sûr, rien à faire en classe…).

Une rencontre entre la travailleuse sociale et ma fille s’impose donc.  Elle lui annonce à deux jours du départ du voyage qu’elle n’en fera probablement pas partie suite à sa décision de sécher ses cours.   Pour être acceptée, elle devra rédiger un texte expliquant pourquoi elle devrait participer à ce voyage.  Si le directeur n’est pas satisfait du texte, elle n’y va pas (voyage non remboursé en passant).

Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’ai donc cédé à l’anxiété. J’avais des palpitations, les jambes molles et ma respiration rapide.  Satanée anxiété quand tu me prends!  Je me sentais tellement mal pour elle.  Je voulais qu’elle participe.  Ma fille était furieuse et se sentait anxieuse à l’idée de manquer son voyage.  Elle en parlait depuis des mois.  J’aurais préféré d’autres représailles que celle-ci.  Nous sommes donc deux à faire de l’anxiété simultanément!  La sienne, je la voie; je la sens tellement, elle est palpable.  La mienne est-elle perceptible à ses yeux?

Je fais mine de rien et lui dit calmement qu’elle seule porte cette responsabilité; elle a fait le choix de sécher deux cours juste avant le départ du voyage.  Elle devra donc se mettre à la tâche et rédiger tout un texte pour convaincre Monsieur le Directeur.  Après une nuit d’insomnie de ma part (je me demande si ma fille a bien dormi cette nuit là), je lui souhaite une bonne rencontre avec Monsieur le Directeur.

Vous savez, au fond de moi, je voulais téléphoner à l’école.  Je voulais m’en prendre à quelqu’un d’avoir omis de mettre au clair les conditions et les attentes de l’école envers les élèves afin qu’ils puissent être choisis pour vivre une telle expérience, un tel voyage.  Un fardeau n’est-il pas moins lourd lorsqu’il est sur les épaules d’un autre? Je me suis retenue.  Pourquoi chercher un blâme?  Je me sentais dévorée par l’anxiété.  Je devais surtout lâcher prise et me dégager de la situation.  La situation appartient à ma fille!  C’est à elle que revient le choix qu’elle a fait.

J’ai appris à lâcher prise, à me dégager et à lui rendre la balle.  Quel exercice à faire avec un enfant.

Si jamais ça vous arrive d’être anxieux face à la situation d’un enfant, posez-vous ces trois questions peu importe dans quelle situation se retrouve votre enfant :

  1. Qu’est-ce qui m’appartient et qu’est-ce qui appartient à mon enfant?
  2. De quoi suis-je responsable?
  3. Est-ce que je veux responsabiliser mon enfant face à ses choix?

Nous avons souvent l’impression que notre devoir de parent est d’en prendre beaucoup sur nos épaules; on est capable!  C’est mon rôle!  Je trouve que cette impression est fausse; nos épaules ne sont pas si larges qu’on le croit.  Résultat : anxiété, culpabilité et dé-responsabilisation de notre enfant.   Pensez-y.  Nos épaules de parents sont petites après tout.  En prendre moins ne veut pas dire négliger et banaliser la situation; c’est de remettre à notre enfant ses choix et ce qui en découle en l’outillant autrement.

Ne charge pas tes épaules d’un fardeau qui excède tes forces.

Horace

P.S. Monsieur le Directeur a accepté son texte et elle est partie le lendemain matin avec son école pour New York.

Une réponse à Porter l’anxiété sur mes petites épaules de parent

  • Mireille Provost dit :

    Ce texte est excellent parce que très bien écrit mais surtout parce qu’il vient du fond du coeur. Nous avons tous vécu des choses semblables mais c’est tellement bien exprimé dans ce texte.

    Merci à Christiane d’avoir partagé avec nous ce texte.