Pilules ou granules ?

Mon médecin disait toujours :

–   Francine, si ton enfant était diabétique, hésiterais-tu à lui donner de l’insuline ?

–   Bien non voyons!

–   Alors explique-moi pourquoi tu refuses de donner du Ritalin à ton fils hyperactif ?

–   Parce que j’ai peur Docteur! J’ai peur qu’il devienne dépendant, qu’il perde l’appétit, qu’il ne dorme plus…

Cette conversation avait lieu il y a 15 ans déjà! Quand on a peur, c’est fou les idées qui nous passent par la tête… sensées ou pas !

Si vous êtes parent d’un enfant présentant les symptômes du TDAH, peut-être avez-vous aussi des peurs ou des questions du même genre. Aujourd’hui, 15 ans plus tard, les choses ont bien changé et les ressources ont bien évolué. Ce qui n’a peut-être pas beaucoup changé, c’est la controverse entourant la médication des enfants hyperactifs et c’est ce qui rend la décision si difficile pour nous les parents.

Dans cet article, mon but n’est pas de vous influencer d’un côté ou de l’autre; je pense que c’est une décision qui mérite d’être bien mûrie et qu’il n’existe pas de réponse universelle. Mon objectif est plutôt de vous inviter à une réflexion avant de dire impulsivement oui ou non à l’une ou l’autre des approches.

1.       Faites l’inventaire de toutes vos peurs et vos questions.

Une façon efficace de faire face à nos peurs, c’est d’en faire la liste et de voir si elles sont justifiées. Par exemple, une des peurs que j’avais était que mon enfant développe une accoutumance aux médicaments s’il prenait du Ritalin. Plus tard, j’ai lu dans un article que « selon les recherches, le Ritalin, médicament le plus populaire, ne crée aucune accoutumance physiologique ou psychologique. » Ça m’avait rassurée. Je sais que d’autres sites Internet diront le contraire, mais à question scientifique, je préfère la réponse scientifique.

En faisant une liste de nos peurs, ça nous amène premièrement à en prendre conscience et cela a pour effet d’en diminuer l’intensité. Deuxièmement, pour chaque peur ou question identifiée, vous avez maintenant une piste de recherche d’information. Pour ce faire, j’aime bien la technique de la feuille blanche avec une ligne dans le milieu : à gauche, vous listez vos peurs/questions et à droite, les personnes ou les ressources que vous pourrez consulter pour y répondre. Vous pourriez même y ajouter une date d’échéance et vous auriez ainsi un plan de travail.

2.       Faites l’inventaire des approches existantes pour la situation de votre enfant ?

Étant donné que chaque enfant est unique, une approche qui fonctionne bien avec l’enfant de votre amie, peut ne pas fonctionner aussi bien avec le vôtre. Il existe plusieurs médicaments, effet à court ou long terme, ainsi que différentes approches (approche cognitive-comportementale, approche médecine douce, combinaison d’approches).

Dans notre cas, nous avons essayé toutes les approches dites « douces » à l’époque ainsi que l’approche cognitive-comportementale en excluant le Ritalin. Quoique je sois en paix avec notre décision, je me demande parfois ce qui aurait été différent… mais bon, comme je l’ai dit plus haut, il n’y a pas de réponse universelle et vous devez prendre une décision la plus éclairée possible.

Alors, faites l’inventaire des approches, de leurs avantages/désavantages, et rappelez-vous que le traitement du TDAH (et/ou de l’anxiété) est un processus et non une pilule magique. Ici aussi je suggère la technique de la feuille blanche avec une ligne au milieu.

3.       Faites l’inventaire des impacts possibles de dire oui ou non à chacune des options ?

Comme vous le savez déjà, l’hyperactivité a des répercussions sur l’intégration sociale de l’enfant et, parfois, sur son apprentissage. C’est difficile pour l’enfant hyperactif (et sa famille) de vivre des conflits reliés à son impulsivité ou autre, et de recevoir des punitions à répétition à l’école, à la garderie, etc.

C’est quand je pense aux difficultés d’intégration sociale, que je me demande si la médication aurait changé quelque chose pour mon fils; mais on se questionne toujours n’est-ce pas? Dans son cas, heureusement pour lui, mon fils était excellent au soccer et se valait une belle place au sein de son équipe. Cette expérience positive l’aidait à construire son estime de soi et à apprendre la discipline et les règles. Votre enfant aussi a ses propres forces quelque part; les découvrir vous permettra de porter votre attention (et la sienne) sur celles-ci plutôt que trop souvent sur son déficit.

Je demeure une personne « pro approche naturelle ». En même temps, l’expérience m’amène maintenant à évaluer les situations différemment. Et si ça s’applique, au lieu de me dire « c’est l’un OU l’autre », je pense pourquoi pas « l’un ET l’autre ».

Alors chers parents, « Pilules ou granules? » Malheureusement, il n’existe pas encore de réponse parfaite, sûre et magique.

Vous devez donc y répondre pour vous-même; rappelez-vous que chaque situation est unique et faites-vous confiance. Informez-vous, naviguez sur le web, évaluez les avantages ainsi que les désavantages, parlez à différents spécialistes, à des adultes hyperactifs et à des parents. Ainsi, vous ferez un choix éclairé pour vous et votre enfant.

Et si vous n’arrivez pas à vous décider, lisez la citation ci-dessous :

« S’il existait une recette miracle pour être de bons parents, ça se saurait ! En attendant, il n’est pas défendu de prendre quelques conseils… »     (100 000 citations du monde)

Bonne semaine

Francine

2 réponses à Pilules ou granules ?

  • Mathieu Joly dit :

    Bonjour Francine,
    Texte et conseils intéressants. J’aime que tu réfères à ton expérience (parfois douloureuse ?) et que tu mentionnes les doutes que tu as encore sur vos désicions passées. On en a toujours, n’est-ce pas ?
    (Idées pour une future chronique : les discussions entre conjoints – s’il y en a- sur la bonne approche à prendre, etc. — À moins que ça soit encore trop douloureux ? L’idée de la feuille avec une ligne s’applique/ p-être encore plus utile dans ce cas ? — Si les deux veulent bien l’utiliser/s’y fier, bien sûr.)

    DAns notre cas, avec la surdité de C. et son frère V., nous avons dû prendre très tôt des décisions peut-être encore plus lourdes de conséquences à long terme: décider avant l’âge d’un an de quelle approche nous allions prendre pour faire développer un langage chez nos jeunes enfants – français parlé avec la méthode « Oraliste », ou bien Langage des signes? Nous avons eu la chance d’avoir dans notre entourage quelques parents d’enfants malentendants qui nous ont aiguillé et confortés dans notre choix d’une approche (Oraliste/ »Habilitation aurale »). –Ta méthode avec une feuille aurrait pu nous aider à prendre une décision sinon plus éclairée, du moins être plus confortable avec celle-ci?

    En rétrospective, nous avons fait le bon choix pour NOS enfants (chaque enfant est unique, encore une fois), mais nous avons aussi eu nos doutes, surtout quand leur développement frappait un ‘plateau’ et que l’on ne voyait plus de progrès. (Ah, les pressions des docteurs ou professionnels dans cas-là! Ça vous est arrivés, avec l’hyperactivité de ton enfant ??)

    Amitié, Mathieu

    • Francine dit :

      Bonjour Mathieu,
      En effet les décisions à prendre pour nos enfants sont rarement aussi claires et faciles que ça le semble pour certains professionnels de la santé. Pour nous les parents, il y a tout le côté émotionnel qui joue un très grand rôle. Et certaines décisions (comme dans ton cas) sont d’autant plus difficiles car tu dois t’enligner dans une direction à long terme. Avec un médicament, on peut toujours ajuster.

      Ce qui pourrait aider et ajouter de l’information à notre prise de décision, c’est de tenter de mesurer les conséquences possibles de l’un ou de l’autre choix au meilleur de nos connaissances. Le fait de parler avec d’autres parents qui ont l’expérience comme tu l’as fait est certainement une bonne source de partage et de soutien.

      Pour ce qui est de façons de faire entre conjoints, je t’avoue que c’est un sujet en soi. Mais le meilleur conseil que je pourrais donner, c’est de garder à l’esprit la situation de l’enfant et d’ouvrir nos horizons humblement, très humblement.