Débordée par le Borderline !

J’espère que vous passez un beau temps des fêtes à date. Comme promis, voici le dernier article-partage de la série 2011. Il a été écrit par ma sœur cadette qui m’a  prouvé maintes fois que lorsqu’on pense que le puits est vide, ça ne prend que quelques gouttes pour le remplir ; ces gouttes sont les gens qui nous entourent. Bonne lecture et Bonne Année 2012. Surveillez les nouvelles activités dans mes prochains billets.

Francine

 

Débordée par le Borderline !  par S.P.

Ma fille est « borderline ». À 12 ans, première thérapie: ma fille m’avoue qu’elle consomme régulièrement 2 à 3 joints par jour! À 15 ans, un accident me l’aura fait voir en jaquette d’hôpital, découvrant ainsi plusieurs tatous cachés et des cicatrices d’auto-mutilation. J’ai paniqué! À l’hôpital, on m’offre les services d’une psychologue; début d’un long cheminement qui durera 3 ans et pendant lequel le diagnostic tombe : « Trouble de la personnalité limite (Borderline) ».

C’est le choc! Mais comme parent, il y a cette surcapacité qui se dévoile: je fais des recherches, j’entreprends de nombreuses lectures et je tente de comprendre. Et quand il y a des crises, je me dis que les relations mère-filles sont souvent plus émotionnelles, et que c’est normal… Mais les provocations de ma fille devenaient de plus en plus intenses. Moi qui m’imaginais manger des crèmes glacées tout en magasinant avec mes deux ados, au contraire, j’étais dépassée par la problématique.

À cette époque, mes amies me supportent et m’encouragent mais ce sont les TS (travailleurs sociaux), qui m’ont le mieux accompagnée dans cette situation critique : ils m’ont poussée à AGIR! Malgré toutes ses belles qualités et ses talents, j’ai dû me rendre à l’évidence que ma fille était malade et qu’elle avait besoin de plus qu’un simple suivi. Je vivais dans la peur constante d’un suicide. Il fallait que ça cesse!

OK, que j’me suis dit: LES TS, ILS ONT RAISON: C’EST LE PLACEMENT, ÇA URGE !

Que c’était dur! Tout ceci paraissait si terrible et insoluble mais, nous nous en sommes sorties. Comment? Avec de l’aide. Les TS, le suivi, l’encadrement, le suivi, les psys, le suivi, la pratique, le suivi, la famille, le suivi, les bonnes amies, le suivi…

Ce sont TOUTES CES PERSONNES qui nous ont aidées à mettre fin au cauchemar. Alors là seulement, j’ai traversé le pont de l’acceptation. Comme moi, ma fille était en construction et je devais laisser les ingénieurs de l’âme s’en occuper car c’était un cas complexe et je n’avais pas l’expertise pour l’aider. Face à un trouble de la personnalité ou tout autre trouble caractériel majeur, avec ou sans anxiété, ça prend l’aide de professionnels !

Ma fille a passé une année complète dans un centre d’Hébergement jeunesse DPJ et oui, elle m’en a voulu, elle a pleuré, mais dans cette tempête d’émotions, je me suis occupée et je me suis accrochée au bateau de l’espoir en prenant régulièrement des nouvelles et en la visitant toutes les semaines. À sa sortie de la DPJ, à l’âge de 17 ans, elle a continué ses rencontres avec les professionnels quelque temps et a rempli son coffre à outils.

Aujourd’hui, ma fille a 22 ans et elle a acquis une discipline de vie lui permettant de travailler fièrement ses 40 heures par semaine où elle est très aimée de ses employeurs et collègues de travail. Tous les outils qu’elle a acquis au sein de la DPJ avec des éducateurs professionnels, elle les utilise régulièrement selon le besoin de sa journée. Et tranquillement, notre relation mère-fille se bonifie.

Le passé? Aujourd’hui, il nous arrive parfois de parler de certains événements passés en riant, et quand c’est trop dur, on se dit: « Ok, celle-là, on en reparlera dans 10 ans ! » Et on va de l’avant en tentant d’accepter que le passé est passé.

Moi, comme parent, j’ai cessé de la protéger et de la conseiller, de vouloir qu’elle lise tel livre… je respecte son rythme et le mien. Pendant ce temps, je redécouvre mes goûts, mes talents et MA vie. Être parent, ce n’est pas être Zorro-Zorrete ! Nous avons des limites humaines et c’est CORRECT !

Aujourd’hui, j’aime ma vie et je peux jouir de ce que j’ai appris durant ces années. Des  leçons de vie précieuses et importantes. À cette époque, je n’ai pas baissé les bras mais j’ai plongé tête première, avec toute l’angoisse et l’énergie que cela impliquait.

Les professionnels de la DPJ ? Même si je les doutais constamment, me disant qu’ils ne connaissaient pas ma fille et qu’ils ne comprenaient pas vraiment la profondeur de sa douleur psychologique comme seule une mère peut le faire, ils ont fait un travail extraordinaire ! Et ma fille aussi… et moi aussi, après tout ! Bravo ! J’ai été bien entourée.

2 réponses à Débordée par le Borderline !

  • Manon dit :

    Merci S.P d’avoir partagé si généreusement votre témoignage. Moi aussi ma fille adorée souffre du trouble de personnalité limite et j’aurais pu signer mon nom au bas de votre témoignage tellement ce que vous avez vécu ressemble à ce que je vis. Ma fille a 16 ans et elle a été diagnostiquée tpl à ses 15 ans. Présentement elle est en centre jeunesse DPJ et ça m’arrache le cœur car elle m’en veut terriblement mais je n avais plus le choix. Elle consommait quasi non stop du pot et du speed. Elle a fait 2 tentatives de suicide et moi aussi je vivais avec la peur au ventre, peur de la retrouver morte à mon retour du travail. Votre témoignage me redonne espoir qu un jour elle ira mieux et qu’elle cessera de m en vouloir.

    • Sonia P. dit :

      Bonjour Manon,
      Merci pour votre commentaire. Je vois que vous en «arrachez», comme on dit! Je vous comprends tellement. Sentir qu’on perd la route, ce n’est pas seulement pour les camionneurs! Si vous le voulez, je vous invite à m’écrire à mon adresse courriel personnelle: nous pourrons ainsi communiquer plus librement. J’aimerais vous donner plus de détails sur ce genre de situations et vous aider merveilleusement, étant donné que ma fille et moi nous nous en sommes sorties, ce sera facile pour moi et plaisant pour vous, j’en suis certaine.
      soniaprovost13@hotmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *